Des pétales serrés dans un bouton rond, puis une fleur qui s’ouvre largement : la pivoine sait ménager son arrivée.

Des pétales serrés dans un bouton rond, puis une fleur qui s’ouvre largement : la pivoine sait ménager son arrivée.
La pivoine a longtemps été classée dans la famille des Renonculacées, mais le genre Paenia présente de nombreuses différences avec les autres plantes de cette famille, aussi dispose-t-elle depuis les années 1950 de sa propre famille, celle des Paéoniacées.
On distingue notamment les pivoines herbacées des pivoines arbustives. Les premières disparaissent chaque hiver pour réapparaître au printemps suivant. L’espèce la plus répandue parmi les pivoines herbacées est Paeonia lactiflora, parfois appelée pivoine de Chine. La plupart des cultivars de fleurs à bouquet sont apparentés à cette espèce. Citons aussi quelques espèces sauvages : la pivoine officinale Paeonia officinalis, la pivoine mâle (Paeonia mascula) dite aussi pivoine coralline, ou encore Paeonia tenuifolia. Les fleurs sont de forme simple, semi-double ou double.
Les pivoines arbustives forment des petits arbustes (3,5 m max de hauteur). Paeonia lutea, à fleurs jaunes, et Paeonia suffruticosa, à fleurs roses/rouges, sont des exemples d’espèces arbustives.
Citons aussi les pivoines Itoh, vivaces très rustiques nées du croisement entre une pivoine arbustive et une pivoine herbacée.
La pivoine se distingue par ses grandes fleurs et ses pétales souples, souvent légèrement froissés. Certaines formes s’ouvrent en coupe et laissent entrevoir un cœur d’étamines jaunes ; d’autres présentent tant de pétales que leur centre disparaît. On parle alors de fleurs doubles. Le contraste est net entre une corolle ouverte et un gros pompon arrondi.
Le blanc, le rose et le rouge occupent une large place dans sa palette, auxquels s’ajoutent des tons corail, crème, jaune, violet. Les nuances peuvent évoluer pendant l’épanouissement, de même que le parfum. Certaines pivoines sont par ailleurs plus odorantes que d’autres.
Le feuillage caduc des pivoines se compose de folioles dentées ou lobées d’un vert brillant, tendre ou foncé.
La pivoine coupée reste un rendez-vous saisonnier. Dans le Var, une grande partie de la floraison se concentre entre la mi-avril et la fin mai, avec des arrivées plus précoces selon les conditions de culture. Ce calendrier régional ne s’applique pas uniformément à toute la France ; la provenance et la météo comptent autant que le mois affiché.
Une longue histoire avant les bouquetsLa pivoine est cultivée en Chine depuis environ deux mille ans, d’abord pour des usages médicinaux, selon les jardins botaniques de l’université du Michigan. En Europe aussi, son histoire ancienne passe par les remèdes. Au Ier siècle de notre ère, le naturaliste romain Pline l’Ancien évoque la pivoine dans son Histoire naturelle.
La fleur acquiert ensuite une place remarquable dans les jardins et les arts de Chine. À la fin du VIIIe siècle, sous la dynastie Tang, l’intérêt de la cour impériale pour les pivoines nourrit un véritable engouement. Le musée d’art de l’université de Princeton décrit l’apparition de traités consacrés à leur culture et le développement de motifs de pivoines dans les arts décoratifs. Cette histoire concerne notamment les pivoines arbustives.
Au début du XIXe siècle, l’arrivée en Europe de pivoines herbacées ornementales venues de Chine contribue à renouveler les collections. La France devient un important foyer de création variétale. Les sélectionneurs recherchent notamment des fleurs destinées à être coupées. Les nombreuses formes doubles que l’on connaît aujourd’hui s’inscrivent dans cette histoire horticole.
En 1864–1865, Édouard Manet consacre plusieurs natures mortes aux pivoines. Le tableau Peonies, conservé au Metropolitan Museum of Art de New York, appartient à cette série. Le musée souligne combien leurs larges pétales et leurs nuances délicates se prêtent à la touche libre du peintre français… La pivoine n’y est pas un simple ornement : elle occupe le premier rôle.
En 1906, le registre de l’American Peony Society signale en France l’introduction de ‘Sarah Bernhardt’, attribuée au sélectionneur Lemoine. Plus d’un siècle après, cette variété ancienne de pivoine rose reste présente dans les productions de fleurs coupées.

Avec autant de pétales, la pivoine donne volontiers une impression d’abondance. Cette lecture trouve un écho dans les arts d’Asie orientale. Le Metropolitan Museum of Art conserve ainsi une grande jarre coréenne de la fin du XVe siècle ornée de pivoines. Sa notice explique que la fleur y évoque la richesse et le prestige.
Le dictionnaire floral de Kate Greenaway prend une direction bien différente. Dans son Language of Flowers, l’entrée consacrée à la pivoine associe la fleur à la honte et à la timidité. Une surprenante réputation discrète pour une fleur qui prend autant de place.
D’après le Hanakotoba (forme japonaise du langage secret des fleurs), la pivoine symbolise la bravoure. On la relie au courage, à la force, à l’honneur… Traditionnaires associée aux classes supérieures dans la culture nipponne, cette fleur représente aussi la prospérité.
La pivoine de Chine est sans surprise l’emblème végétal du dit pays. Elle y est surnommée « reine des fleurs » ou « fleur du roi » depuis les dynasties Tang et Song. Elle incarne la prospérité, la noblesse, le bon augure ou encore la fortune. Elle symbolise également la beauté voluptueuse, la sensualité. La pivoine est omniprésente dans les arts chinois : porcelaines impériales, peinture traditionnelle, poésie…
La Roumanie a également retenu la pivoine en tant que fleur nationale. Elle est profondément ancrée dans le folklore, les chants ou encore les motifs artistiques traditionnels roumains.
Aux États-Unis, la pivoine représente officiellement l’État de l’Indiana depuis 1957.

À l’achat comme lors d’une cueillette au jardin, recherchez des tiges et des pétales en bon état avec des boutons bien colorés. Pour l’ouverture du bouton, demandez conseil selon la variété : certaines pivoines se récoltent encore serrées, d’autres doivent être plus gonflées ou commencer à s’entrouvrir. Le bouton le plus dur n’est donc pas automatiquement le meilleur choix.
Il n’est pas nécessaire d’écarter les pétales de pivoine à la main pour obtenir un bouquet plus ouvert. Choisissez plutôt des fleurs au stade adapté à votre projet floral.
Les pivoines sont sensibles à la déshydratation. Conservez-les dans une pièce fraîche, loin du soleil direct et des sources de chaleur. Attention aussi aux courants d’air. Renouvelez l’eau quotidiennement, nettoyez le vase si nécessaire et recoupez légèrement les extrémités des tiges. Retirez par ailleurs les fleurs qui se dégradent. Observez aussi l’espace autour des corolles. Si elles finissent par se presser les unes contre les autres, mieux vaut répartir quelques tiges dans un second vase. Vous pourrez conserver la même palette sur deux petits bouquets et mieux profiter des différentes étapes de leur ouverture.
La pivoine est une fleur coupée d’assez faible longévité. Comptez 8 à 12 jours de tenue en vase, dont 5 après l’ouverture des boutons.

Compte tenu de son oppulance, la pivoine ouverte occupe facilement le centre d’un bouquet. Sa tête ronde apporte une masse souple, que l’on peut accompagner de fleurs plus petites ou plus légères. Laissez-lui de l’espace dès le départ : un bouton encore compact prendra une tout autre largeur en s’épanouissant !
Pour un rendu romantique, associez du rose tendre et du blanc à quelques roses crème. Des pois de senteur, lorsqu’ils sont disponibles, allègent le contour par leurs pétales plus fins et leurs tiges souples. Quelques branches de feuillage suffisent à donner du mouvement à l’ensemble. Cette palette convient à un mariage de printemps, à un anniversaire ou à un bouquet offert sans occasion particulière (le fameux « plaisir d’offrir » !). En France, le bouquet de pivoines s’est aussi imposé comme un incontournable de la fête des mères.
Pour une réception, demandez au producteur ou au fleuriste quel stade d’ouverture choisir en fonction du jour prévu. Une fleur déjà très épanouie et un bouton ferme n’offriront pas le même effet sur la table de fête.
Pour une composition plus soutenue, rapprochez les pivoines rouge sombre de roses rose vif et d’un feuillage vert profond. Avec une fleur aussi fournie, multiplier les accessoires n’est pas indispensable, voire contreproductif.
Les pivoines corail peuvent être associées à des fleurs blanches de matricaire et à quelques graminées pour une allure champêtre. Répartissez les têtes à des hauteurs légèrement différentes et gardez un contour irrégulier. Un pot en céramique simple accompagne bien cet ensemble, à condition d’être étanche ou de dissimuler un autre vase qui l’est.
La pivoine se prête bien à la création de compositions florales dépouillées d’inspiration Ikebana. À titre d’exemple, trois pivoines pourront ainsi côtoyer une branche d’hibiscus (sans fleur) dans un soliflore.
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